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Accattone (Accatone) — Pier Paolo Pasolini, 1961

Dans ce qui reste des faubourgs et de la campagne, aux alentours de Rome, dans ce qui n’est pas encore une banlieue, Pasolini, dans ce premier film, nous montre un monde qui change, la ville qui dévore peu à peu les pauvres, leur espérance et leur dialecte, sans leur laisser d’autre choix que celui de disparaître.

Dans les faubourgs pauvres de Rome, Accattone petit maquerau, vit des charmes d’une fille qui se retrouve en prison, il rencontre une jeune fille naïve dont il tombe amoureux et qu’il ne peut mettre sur le trottoir, il tente de gagner honnêtement sa vie et se résout pour en finir, à voler, ce qui n’est vraiment pas digne.

Accatone est le premier film de Pier Paolo Pasolini, lorsqu’il réalise ce film le poète et écrivain habite Rome depuis une dizaine d’années, il est arrivé de son Frioul natal, et s’est installé à la périphérie de Rome. C’est là qu’il observe la population des faubourgs, qui survit misérablement ; c’est là qu’il découvre son acteur Franco Citti (frère d’un ses collaborateurs). Le monde des faubourgs a commencé à disparaître et il deviendra « la banlieue », le cauchemar de la société de consommation, dont Pasolini constate la toute puissance et la mainmise sur les gens et les lieux.

Il y a une séquence très belle ; Accatone rêve et voit un cortège funèbre et il apprend par ses amis, que c’est lui qui est mort, on lui interdit de rentrer dans le cimetière, il passe par dessus le mur, voit le fossoyeur qui creuse sa fosse, et là il y a des sons d’oiseaux, une vue sur les montagnes, un reste de nature et de campagne. Le paysage ancien, la campagne qui entourait les villes, est de l’autre côté du mur du cimetière, elle est perdue maintenant et ce paysage disparaît. Accottone aussi disparaît. C’est un film splendide, très mélancolique, un triste constat sur le monde tel qu’il devient.